L'histoire d'Airbus
est celle d'un long combat sans trêve. Une histoire parsemé d'embûche, de croc en
jambes, de périodes d'euphorie succédant aux périodes d'abattement. C'est en 1967, que
les gouvernements allemand, britannique et français décident de lancer un programme
aéronautique européen. A l'époque il n'était pas encore question de concurrencer le
monopole américain sur l'aviation commerciale, ni même de l'entamer, l'idée n'effleura
même pas les esprits, il s'agissait tout simplement de soutenir des entreprises
européennes en péril, comme Sud Aviation ou Rolls Royce. Un Groupement d'intérêt
économique qui fédérait les entreprises, fut donc créé. La première commande fut
pour Air France, à qui le gouvernement avait un peu forcé la main. Elle portait sur 6
appareils. En 1974 on en était encore à 4 appareils livrés par an. Pour Boeing Airbus
était un nain sans danger. Il fallut toute la foi et la ferveur des initiateurs du projet
pour ne pas céder au découragement et abandonner. En 1976, une compagnie californienne,
Western Airlines, lance un appel d'offres pour dix avions. Airbus y répond et arrive en
finale de la négociation. Boeing du coup considère l'entreprise européenne d'un autre
œil. En mars 1977, c'est au tour d'Eastern Airlines, un des plus gros transporteurs
domestiques des États-Unis, qui achète vingt-trois avions européens. Boeing est vaincu
sur son propre terrain, et commence à prendre le cas Airbus de plus en plus
sérieusement.En 1979 le carnet de commande d'Airbus compte 256 appareils vendus à 32
clients. La voie est ouverte pour l'avionneur qui, à partir de cette date, va voler de
succès en succès.
L'A310 avant même son lancement fut
commandé par deux compagnies européennes, et pas des moindres, Lufthansa et Swissair.
Pour le coup il n'était plus nécessaire de forcer la main à Air France. Il faut dire
qu'Airbus révolutionna les cockpits, les vieux cadrans électromécaniques furent
remplacés par des tubes cathodiques, plus légers et plus fiables. Cette révolution
continua avec l'A320, le cockpit électronique fut amélioré et le système de commandes
de vol dérivé de celui du Concorde. Au cours des années, tout une gamme vit le jour :
A321 et A319 (vendu à plus de 1 000 exemplaires), biréacteur A330, quadriréacteur A340
(des long-courriers qui permettent de transporter de deux cent cinquante à quatre cent
quarante passagers sur douze ou quinze mille kilomètres), et de plus en plus de
compagnies clientes.
Aujourd'hui Airbus Industrie emploie 2 700
salariés de trente-trois nationalités différentes, et donne via la sous-traitance du
travail à plus de 30.000 personnes à travers l'Europe. Par ailleurs 100.000 emplois ont
été généré par un millier de fournisseurs. En 1997, le groupe détenait 40% du
marché mondial, juste après Boeing, mais en 1999, Airbus vendit plus d'avions que son
concurrent direct, et on peut dire qu'aujourd'hui les parts de marché des deux géants
s'équilibrent et s'équilibreront de plus en plus avec le temps. Un coup c'est toi le
premier, un coup c'est moi. Une sorte de jeu de chat économique. Mais Airbus a de
sérieux atouts, toutes les 10 secondes un Airbus décolle dans le Monde, et 138
compagnies sont clientes, de plus au vu du rapport prix du siège au kilomètre, il est
moins cher que Boeing.